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 « Souvenirs d'hiver » [ PV Williams senseï ]

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MessageSujet: « Souvenirs d'hiver » [ PV Williams senseï ]   Mer 15 Sep - 22:22

Ce matin là il ne faisait pas assez beau pour s'offrir une petite sortie. De l'intérieur l'on pouvait entendre les fines gouttelettes de pluie s'abattre sur les carreaux de la vitre, donnant un aspect triste au paysage extérieur. Le réveil du garçon avait sonné plutôt deux fois qu'une ce matin là. Ce fut sur une musique de Brokencyde que la radio se mit en marche, forçant le jeune homme à ouvrir les yeux sur un air de Get Crunk. A l'exception de l'averse et de la chanson, il n'y avait pas un bruit dans la chambre à part un froissement de draps lorsque Jack fit voler les couvertures.

Glissant les doigts sur le rebord du lit, Jack tenta désespérément de se lever, ses membres refusant de lui obéir pour la seule et unique raison qu'il avait des fourmis dans tout le corps. Il jeta un regard à la fenêtre cachée derrière les rideaux bleus, puis à son ordinateur portable trônant fièrement sur son bureau où il s'asseyait régulièrement chaque soir afin d'y faire ses devoirs ou de dessiner. Maugréant tout en délaissant son lit, il se dirigea péniblement vers la salle de bain, jetant un œil à son reflet qui manqua de le faire sursauter. Il fit alors une petite toilette avant de se débarrasser de son pantalon de pyjama pour enfiler une chemise simple, blanche dont les deux boutons du col étaient ôtés. Puis un jean peu moulant de couleur sombre. Les cheveux peignés, le teint un peu moins blafard, il enfila ses chaussures après avoir glissé quelques cahiers et livres dans son sac, ne prêtant même pas attention à quels cours il pouvait avoir ce matin même. Donnant une légère tape sur le dessus de la radio, cette dernière cessa de faire du bruit, plongeant la chambre dans un silence complet. Il soupira d'aise, enfin au calme.

Mais il n'eut le temps de s'extasier que son bipeur lui fit savoir qu'il devait partir en cours. Jack avait trop traîné et il n'avait même pas pensé à manger. Depuis le départ d'Aymeric, il ne faisait plus attention à grand chose, si ce n'est soigner son physique et encore, parfois il oubliait totalement ce détail. Williams l'aidait, mais il lui hurlerait dessus en sachant qu'il n'avait pas mangé et que ces derniers mois il avait encore maigri. Le jeune étudiant avait un mal fou à reprendre du poil de la bête, depuis que son coeur était en morceaux. Mais son professeur l'aidait grandement à se ressaisir, même si ce n'était pas encore ça. Fermant son dortoir, il descendit les marches d'un pas pressé afin de rejoindre la salle de classe, totalement absorbé par ses pensées alors que malgré le temps frileux, il ne portait pas de veste, juste cette chemise à manches courtes. Se devant de quitter le bâtiment pour traverser la cours, il piqua un sprint à travers les gouttes d'eau pour rejoindre l'aile Est, rentrant en trombe dans celle - ci, trempé de la tête aux pieds. Soupirant, secouant la tête pour retirer un maximum d'eau de sa chevelure, quelques mèches collantes à ses joues, Jack parvint jusque la classe, frappant à la porte avant d'entrer.
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MessageSujet: Re: « Souvenirs d'hiver » [ PV Williams senseï ]   Jeu 16 Sep - 2:05

    « Il faut être l’homme de la pluie et l’enfant du beau temps. »
    René Char.



    Une maxime qui prenait en ce réveil diurne tout son sens. Le ciel pleurait sur la ville et ses habitants, ses perles froides mouillaient autant les âmes distinguées que celle débauchées, la même pour tout le peuple de Kyuu. Les nébulosités grisâtres voilaient la nitescence de ce début de journée, un spectacle bien morose qui ne donnait envie de se lever du bon pied. Nonobstant ce gouffre météorologique, Sir Rouge, écrivain autoproclamé et reconverti en pédagogue littéraire, était corps et esprit présent dans sa salle de cours. Corps et esprit ? Emphase ! Son enveloppe charnelle était certes concrète dans cette pièce, la croupe installée sur sa chaise et les pieds croisés sur l’écritoire, mais ses pensées, elles, badaudaient à mille lieux d’ici. Ses prunelles carminées s’étaient égarées sur la danse pluviale extérieure, et il songeait ainsi, méditant sur les hypothèses philosophiques et théologiennes de son roman de la veille, exercice auquel il adorait s’adonner pour tuer le temps. Opuscule en main dont il avait délaissé la lecture, il s’improvisait songe-creux, utopie qu’il garderait pour sa propre personne. Soudain, un glapissement vint le ramener à la dure réalité. Surpris par cette extraordinaire tonalité féminine, il lorgna la totalité de la salle dans un flegme atterrant. Les étudiants, il les avait presque oubliés, pour ne pas dire complètement omis, depuis combien de temps étaient-ils là ?… Depuis le début sans doute, sans qu’il n’y prête grande attention. Ces derniers avaient été étonnés de voir leur professeur arriver ce matin, lui qui donnait ses cours selon l’humeur du moment. La situation restait cependant la même, et le chaos régnait parmi les élèves, ce qui ne semblait pas le moins du monde déranger le doyen des lieux.

    Une ambiance de bar plus qu’une discipline scolaire… Pourquoi s’était-il levé ce matin déjà ? Lui-même l’ignorait, il n’avait d’autres idées que de se rendre en cours pour aujourd’hui, et il lui fallait bien montrer le bout de son nez s’il ne voulait pas être gentiment congédié. Vingt minutes fut le temps nécessaire à une controverse interne, avant qu’il ne prenne la décision de se préparer pour accomplir son devoir professoral. Son devoir ? Il avait depuis longtemps cessé de se poser des questions quant à son enseignement qu’il jugeait bien trop précieux pour un essaim de profanes. De rares exceptions pouvaient s’octroyer son estime, l’humanité n’était peut-être pas totalement incurable, le désespoir voyait une flamme d’optimisme dans sa noirceur, infime qu’elle était. Le monde était déjà corrompu, que deviendrait-il avec une telle progéniture ? Il poussa un long soupir, ce n’était pas le moment de plonger dans la torpeur, il y avait bien plus important que ces néfastes théories… Un café noir bien serré ! Williams se remit assis convenablement pour attraper son gobelet qu’il avait laissé refroidir, il entreprit quelques mouvements circulaires pour mélanger le nectar noiraud tout en observant distraitement ses disciples dans leur délassement. Il porta ensuite le liquide à ses lippes pour en dérober un gorgeon, puis expira d’aise sous la sensation chaude qui l’envahit. Ses doigts replacèrent habilement sa crinière incendiaire, laissant voguer l’enivrante fragrance de son parfum jusqu’aux sens olfactifs de ses cadets, avant de s’immerger à nouveau dans son livre.

    Cependant, une nouvelle mélodie vint le priver de sa tranquillité. Un trio de coups portés sur l’huis annonçait la venue de quelqu’un et une demande de permission d’entrer. Le quidam hésita… Il visualisa le trajet qu’il se devait de faire pour aller à l’encontre de l’anonyme… Trop loin pour ses gambettes, la paresse l’empêchait de traverser une partie de la salle, et il avait horreur d’être dérangé durant son café matinal. Peu enjoué, il se décida pourtant à aller ouvrir, il était peu probable que la personne de l’autre côté puisse entendre son autorisation au vu des beuglements juvéniles. Sa lente foulée le conduisit jusqu’à la porte qu’il ouvrit, pour se retrouver face à la providence elle-même. Devant lui, se tenait un élève, mais pas le plus banal de tous… Au revers de leur relation scolaire, se camouflait un désir plus ardent que leur passion commune pour les grandes écritures. Si jusqu’alors la physionomie du pédagogue était restée impartiale, une certaine bonhomie fit son apparition lorsqu’il croisa les iris céruléens du jeune homme., et il se mit à espérer que cette heure serait plus agréable qu’à l’origine. Alors qu’il voulut lui adresser la parole, son instinct, et avec cela l’habitude, l’obligea à jeter un œil sur sa droite. Il n’eût qu’à effectuer un mouvement de tête pour éviter le manuel qui fut lancé en sa direction et qui s’écrasa contre le mur. Non sans distinction, Williams réajusta ses lunettes puis le col de sa chemise, reprenant une contenance altière, avant de faire entendre un phonème placide.


    « Bonjour Owen. » Il haussa un sourcil. « Tu es un peu en retard… M’enfin, que diable. »

    Il l’invita à pénétrer dans la salle en posant la main sur son épaule et y exercer une faible impulsion. Ses doigts glissèrent sur l’omoplate du jeune homme avec l’irascible envie de tactilité, qu’il reteint avec volonté. Le fait même d’appeler cet amant de sorgue par son patronyme sonnait étrangement faux à ses tympans, eux qui avaient la marotte de se solliciter par leurs prénoms et avec une familiarité qui témoignait de leur proximité. Des situations officielles comme un cours, en présence de nombreuses personnes, exigeaient des appellations plus formelles. Un jeu que le presque quadragénaire trouvait même, excitant… La porte se referma après Jack, le professeur se redirigea vers son bureau pour y récupérer sa boisson, gardant jalousement le nouvel étudiant prés de lui pour mieux profiter de sa compagnie. Tout en buvant, il examina le faciès de son interlocuteur, qu’il connaissait tant pour l’avoir maintes fois contemplé après leurs ébats. Il y avait différentes sortes de liens voluptueux, ceux que l’on ne prenait que pour la bestialité de la luxure et ceux dans lesquels la tendresse s’invitait. Plus qu’une relation charnelle, il y avait entre eux de la complicité et de la compréhension. Williams avait été touché par la sensibilité de l’adolescent… Mais il n’omettait pas un détail crucial… Lui, n’était pas un homme bien. C’était avant tout l’égoïsme purement viril qui le rattachait à Jack. Une circonspection signée Rouge, et donc peu compréhensible.

    « Laisse-moi deviner… » Reprit-il, se permettant une certaine promiscuité verbale puisque personne ne faisait attention à eux. « Tu as passé la veille à te morfondre, le réveil a été rude, tu as trop traîné, et tu n’as rien avalé pour le petit déj’… » Il lui adressa une œillade noire, visiblement mécontent. « Je te châtie tout de suite ou j’attends un peu……. ? »
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MessageSujet: Re: « Souvenirs d'hiver » [ PV Williams senseï ]   Jeu 16 Sep - 12:07

Le temps derrière la porte semblait s'écouler à n'en plus finir. L'étudiant gardait la tête baissée pour mieux regarder la pointe de ses chaussures, communes à toutes autres, de simples baskets noires et blanches. Mais lorsque la porte s'ouvrit, Jack redressa immédiatement son visage, ses iris océan croisant le regard de braise du professeur, ne manquant pas de rougir à sa vue. On peut oublier certaines choses, mais avec la dépression qu'il avait faite la veille, le garçon avait totalement oublié qu'il avait le cours de Ce Professeur aujourd'hui. Un sourire crispé se glissa sur les lèvres de Jack qui sentit un embarras prendre sa personne toute entière. Lorsque Williams le salua par son nom, son sourire crispé devint un rictus moqueur mais la suite de sa phrase devint un peu moins drôle, il se contenta de rouler des yeux. Regardant son professeur s'éloigner vers son bureau, Jack s'avança lentement dans la classe, sous l'œil non attentif des autres élèves.

Un frisson parcourut son dos lorsque Williams lut dans ses yeux comme dans un livre ouvert. Il baissa légèrement le regard en se mordillant la lèvre inférieure, gêné. Oui, il s'était morfondu durant trois bonnes heures avant de se coucher en oubliant de bien régler son réveil, et la faim était passée au dessus de sa tête. Triturant ses propres doigts dont un anneau à son majeur qu'il fit longuement tourner autour de sa peau, il détourna son visage, répondant distraitement.

« - Tu devras attendre puisque nous sommes en cours, Senseï. »

Néanmoins, il se fit lui - même sourire. Mais ce dont il avait envie, présentement était de se noyer dans le parfum de Williams, de se perdre au creux de son étreinte. Relâchant un soupire triste, Jack lui lança un regard d'appel au secours alors que son coeur se serrait dans sa cage thoracique. Il ne se sentait pas en forme et sa santé physique en prenait un coup, d'où son teint blafard, ses yeux ternes quasiment vides. Jack s'éloigna donc vers son bureau, isolé à la fenêtre, n'aimant pas se mélanger avec les autres. Il déposa son sac au pied de la chaise, tirant celle - ci afin de s'y poser. Il ouvrit alors son sac, sortant sa trousse taguée de mots indéchiffrables. Puis il chercha son cahier et son livre mais aucun des deux n'y figuraient. Il retint un râle avant de poser le front contre la table, désespéré.

[ HRP : Court mais si je fais plus ce sera vide. ]
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MessageSujet: Re: « Souvenirs d'hiver » [ PV Williams senseï ]   Jeu 16 Sep - 17:44

    Quelques temps qu’ils se côtoyaient dans la pénombre du péché et déjà, ils pouvaient se vanter se connaître l’un l’autre. Tout du moins, Williams avait rapidement compris le fonctionnement de l’adolescent ainsi que ses marottes, il ignorait si cela pouvait être réciproque avec un individu aussi désinvolte et imprévisible que lui. Lui-même ne pouvait prévoir ses réactions, la spontanéité alliée à sa vésanie le rendait terriblement versatile. De plus, il n’était certes qu’un amant pour Jack, cela ne l’empêchait pas de se mettre dans une colère noire lorsqu’il le voyait se négliger jusqu’à en mettre sa santé en danger. Il n’était pas de nature altruiste, mais il savait agir comme une personne de son âge lorsqu’il décidait de mettre sa puérilité de côté. Peut-être était-ce cette maturité trentenaire qui plaisait tant au jeune homme, lui qui semblait être intellectuellement au-dessus de bon nombre de ses homologues scolaires. Qu’importe, l’hypothèse qu’il avait récemment exposée fit réagir son interlocuteur soudainement prit d’opprobre face à cette véracité. Il n’avait fallu qu’une œillade pour qu’il ne distingue son teint anormalement blême, sa langueur et le manque d’éclat dans ses yeux. Son état d’esprit n’avait pas changé depuis la dernière fois qu’ils s’étaient parlés, depuis le départ de cet « Aymeric », une descente aux enfers dans laquelle il l’avait rattrapé de justesse, mais le lien demeurait précaire. Allait-il pouvoir remonter un jour ? Il se le demandait. Il l’observa se frayer un chemin jusqu’à sa place après lui avoir lancé une balise de détresse d’un unique regard. D’ordinaire, il l’aurait délicatement étreint et susurré un doux lyrisme à son oreille, mais il ne devait pas l’oublier… Présentement, ils n’étaient rien de plus qu’élève et professeur, il se devait d’agir en conséquence. Cependant… Se contenter de le regarder sombrer, esseulé du reste de la classe, était insupportable. Au diable le règlement, depuis quand donnait-il de l’importance au jugement d’autrui ? Il s’avança d’un pas décidé jusqu’au pupitre de l’étudiant, et resta debout devant celui-ci.

    « Jack, je t’ai dit je ne sais combien de fois de ne pas f--»

    Coupé dans son élan par un gloussement féminin qui se répercuta sur les parois, il lorgna les deux nymphes responsables juste à sa gauche. Toutes deux prisent dans un débat animé sur leurs dernières conquêtes tout en se badigeonnant les ongles d’un carmin vif, elles s’esclaffaient telles deux bougresses, empêchant leur entourage de s’entendre penser. Vexé de cette intrusion sonore alors qu’il s’apprêtait à entrer dans un sujet sérieux, il ne laisserait pas la faute impunie. Williams posa son pied sur le bord de la table des deux étudiantes, et sans crier gare, donna une violente impulsion pour renverser le tout. Le meuble s’écrasa sur le sol dans un terrible fracas, surprenant les commères qui firent un bond sur leur chaise et attirant l’attention des autres élèves. Le pédagogue fit sentir son acariâtreté dans le brasier de ses iris et dévisagea sans détours les martyrs de son courroux. Le vernis pourpre se déversa par terre telle une marre de fluide corporel, donnant une touche lugubre à cette scène de furie professorale.

    « Si vous voulez parler de vos histoires libertines allez voir ailleurs, nous n’avons pas tous envie de savoir ce que vous faites de vos fesses durant votre temps libre. » Répliqua t-il sur un ton acrimonieux tout en les toisant de toute sa hauteur. « Alors arrêtez de beugler comme des catins en rut ou je vous colle deux heures de poker en ma compagnie. »

    La menace du poker sembla convaincre les demoiselles de stopper leur indiscipline, toutes deux se contentèrent de le maudire intérieurement en marmonnant entre leurs dents. Une fois la chicane passée, le quidam se reconcentra sur Jack, témoin impuissant du spectacle. Les diverses conversations reprirent dans les quatre coins de la salle, mais quelques regards persistèrent en direction de l’écrivain, qui l’empêchèrent de reprendre là où il s’était soudainement arrêté. Impossible donc de continuer sur sa lancée et de sermonner son amant comme il avait projeté de le faire. Il chercha furtivement une parade et examina les affaires de l’élève.

    « Owen, pas de manuel ni de cahier ? Tu penses venir ici en vacances peut-être ? Ce n’est pas la première fois, pour la peine tu es collé une heure ce soir, et tu viendras me voir à la fin de l’heure. »

    Williams esquissa un discret sourire adressé à Jack, il aimait le martyriser et cela leur permettait d’être crédibles aux yeux des autres. Bien sûr, l’heure de colle ne serait qu’un prétexte officiel pour des retrouvailles officieuses, et il aurait l’opportunité de lui toucher quelques mots lorsque l’heure serait finie. Sur ces mots, il reprit place à son bureau en sirotant son café, patientant jusqu’à la prochaine péripétie.
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MessageSujet: Re: « Souvenirs d'hiver » [ PV Williams senseï ]   Jeu 16 Sep - 18:34

Décidément notre jeune étudiant ne couperait pas à sa sanction, enfin, à son sermon. Il était certes content de pouvoir passer plus de temps avec Williams, mais pas dans les circonstances où il se ferait engueuler. Il avait, entre temps, relevé le visage afin de voir le bureau s'écraser au sol avec une rare violence. Jack fut tout d'abord surpris par le bruit puis par le flacon de vernis à ongles qui roula un peu plus loin en déversant plusieurs traînées carmin sur son passage. Cette vision de rouge lui fit avoir des remontées de souvenirs douloureux autrefois profondément enfouit dans sa mémoire. Il s'en mordit la lèvre jusqu'à ce que ses dents perforent légèrement sa chair. Il revoyait Sharon chutait de leur point de jeux, et lui - même avoir les mains maculées de sang, impuissant, effondré à genoux au sol. Le jeune homme secoua donc la tête, chassant ces visions de son esprit, relâchant sa lèvre inférieure, récupérant les quelques gouttes sanguines à l'aide de sa langue.

Il se refusait à lui - même de montrer une quelconque faiblesse de plus à Williams, il était déjà assez inquiet, ou peut - être pas ? Jack avait encore un peu de mal à cerner son amant, mais il ignorait comment il devait s'y prendre afin de mieux le connaître ou alors approfondir leur relation. Devenir plus qu'amant d'un soir serait peut - être dangereux pour la carrière du professeur et sûrement à risque pour l'élève qu'il était. Jetant un regard à Williams, l'étudiant le contempla un peu avant de détourner son attention sur son sac où il prit de quoi écrire, un bloc note. Il feuilleta ce dernier qui était consacré à quelques croquis rapides d'Aymeric ou de lui - même, de photos ou de paysages. Il pouvait bien gribouiller un cours là dessus. Cette pensée le fit légèrement sourire, même s'il pensait encore à Sharon qui demeurait à l'hôpital, encore et toujours. Puis de nouveau son regard se promena dans la classe et surtout sur cette flaque qui allait définitivement salir le sol et même sécher si personne ne nettoyait. N'ayant ni cahier, ni livre, Jack se releva pour se diriger vers le bureau de Williams.

« Je vais nettoyer.. »

Il ne laissa pas le temps au professeur de dire quoi que ce soit que le garçon se faufila hors de la classe, fourrant ses mains dans ses poches. Il n'était pas à l'aise en cours, surtout pas ici avec ce genre d'élève à raconter sa vie sans aucun complexe. Une larme roula sur la joue de porcelaine du garçon qui s'éloignait dans les couloirs. En vérité, il était un mauvais comédien et n'arrivait pas à se cacher vis à vis de ses camarades, il voulait Williams mais dans l'impossibilité de le faire, il s'en éloignait. Dans l'ignorance, Jack hésitait à revenir dans la salle de classe, mais sécher Ce cours serait une grave erreur. Il revint donc plus tard avec un sceau d'eau, du dissolvant et une éponge, la personne lui ayant dit que l'éponge ne servirait plus de toute façon puisque le vernis est une véritable horreur à retirer. Il déposa donc le sceau sur le sol et vint nettoyer la tache après s'être relevé les manches, le monde entier pouvant distinguer les bandages à ses poignets.
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MessageSujet: Re: « Souvenirs d'hiver » [ PV Williams senseï ]   Jeu 16 Sep - 22:16

    Quel travail épuisant, celui de professeur. C’est ce que se disait Williams, pieds de nouveau posés sur le bureau, à supporter le capharnaüm provoqué par des étudiants en surdosage hormonal. Autant d’agitation avait le don de l’épuiser, il regrettait déjà d’être sorti de son lit ce matin. Mais enfin, que lui était-il passé par la tête ? Sans doute le vin de la veille qui l’avait intellectuellement atteint, il s’était pourtant juré de ne plus déguster de vieux cru seul devant une feuille blanche et un stylo. Gourmandise et attirance pour la débauche, un alliage fatal pour l’homme qu’il était, il n’avait plus vingt ans et avait tendance à souvent l’oublier. Soudain, alors qu’il buvait le contenu de son gobelet, ce dernier se retrouve instantanément vide. Déjà ?! Impossible, il lui semblait qu’il était encore plein il y a seulement quelques secondes, et il sentait encore l’éreintement le tirailler. Frustré, le quidam froissa le verre de plastique dans sa main et le lança en direction de la poubelle. Le fait que son projectile improvisé atterrit dans la cible suffit à lui redonner un rictus altier, jusqu’à ce qu’une silhouette familière ne se faufile devant lui en zozoyant quelque chose. Avant même qu’il n’ait eu le temps de réagir, l’élève était déjà hors de la salle. Les yeux rivés sur la porte entrouverte, il tentait de comprendre ce qui venait de se dérouler il y a à peine quelques secondes… Etait-ce Jack qui s’était évadé ? Il semblait bien que oui, son amant avait l’âme versatile et cette soudaine lubie à la fuite le laissait dubitatif. Comme beaucoup, il avait ses moments où l’optimisme régnait, malheureusement rares instants, dominés par la torpeur et les remords. Cet Aymeric était-il le seul responsable de son état ? Williams commençait à en douter, comment une simple relation amoureuse pouvait avoir raison d’une personne de cette façon ? Il y avait autre chose, que pouvait-il bien lui cacher de si sibyllin…

    Le temps de sa réflexion suffit à ce que le jeune homme ne réapparaisse, armé pour nettoyer cette souillure vermeille dont il n’était même pas responsable. Contrairement à beaucoup qui l’aurait empêcher de s’improviser homme de ménage, par pur soucis de justice, le pédagogue ne réagit pas. Il se contenta, comme beaucoup, d’observer le décrassage d’un œil distrait. Il ne comprenait pas réellement pourquoi l’envie de nettoyer avait soudainement germée, mais pourquoi le dissuaderait-il de son propre choix ? Il lui arrivait certes de veiller sur Jack, cependant, il ne s’improvisait pas chaperon, et encore moins paternel. Un détail attira pourtant son attention, ces bandages, témoins d’une peine bien plus profonde que celle qu’il ne laissait paraître. La dernière fois qu’ils s’étaient vus, il ne les avait pas… Alors, que s’était-il passé entre temps ? L’hypothèse d’une probable automutilation fit intérieurement fulminer l’écrivain, comment pouvait-on être assez sot pour se détruire physiquement. Sans doute était-ce son ego démesuré qui l’empêchait de comprendre de tels actes, lui qui s’adulait tant pour sa beauté et son intelligence, une réincarnation de Narcisse. Soudain, les murmures des autres étudiants lui titillèrent l’ouïe, ceux-ci semblaient émettre des théories quant à ces mystérieux pansements dans des pulsions sardoniques. Le professeur se leva d’un bond, faisant du bruit avec sa chaise volontairement et dévisager les adolescents présents.


    « Vous trouvez ça amusant de regarder les autres bosser ? Bien… A vos places, interro surprise. » Des clameurs hostiles se firent entendre. « Sujet : Citez les principales conclusions de l’introspection de Jean-Jacques Rousseau dans son livre " Les Confessions ". Il vous reste 30 minutes, au boulot tas de feignants. » Les étudiants se mirent à leurs places tout en râlant, pendant que le pédagogue s’approcha de Jack, mains dans les poches. « Debout Owen, tu n’arriveras pas à tout enlever. Ramène tout ce bazar où tu l’as trouvé, je t’accompagne, je vais prendre un café en passant. »

    Sur ces mots il sortit de la salle en prenant garde de bien être suivi par l’élève. De longues secondes passèrent durant lesquelles seuls les pas des deux individus résonnaient dans les lieux. Au détour d’un corridor habituellement calme, Williams inspecta visuellement les alentours avant d’attraper l’avant bras de Jack pour l’arrêter, il lui retroussa la manche pour exhiber ses bandages.

    « Si tu me dis que tu t’es coupé en faisant la cuisine je t’envoi rencontrer le mur… » Dit-il d’une voix austère, avant de s’adoucir, et de reprendre plus calmement. « Que t’es t-il arrivé ? »
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MessageSujet: Re: « Souvenirs d'hiver » [ PV Williams senseï ]   Jeu 16 Sep - 22:44

Les balbutiements, nombreux soient - ils, étaient réguliers au sujet de Jack. Il avait les mains posées sur l'éponge, frottant le sol avec vigueur afin de nettoyer cette trace disgracieuse au centre de la salle. Mais bien vite il fut interrompu par Williams qui lui ordonna de se relever pour ramener ce qu'il avait apporté. Manquant de couiner d'indignation, il ne chercha pas d'explications, rabattant ses manches en jetant l'éponge dans l'eau du sceau, expulsant quelques gouttes sur le sol. Le garçon abandonna sa tâche pour reprendre la bouteille de dissolvant ainsi que le sceau qu'il souleva à bout de bras, sortant de la classe, emboîtant le pas du professeur.

Bien évidemment, il ne se doutait pas une seule seconde que Williams allait le coincer, ce qui le surprit. Assez pour qu'il en lâche le sceau sans qu'il ne se renverse ainsi que la bouteille, les yeux écarquillés. La pression sur son bras lui fit fermer un œil, toisant son amant du regard, ne sachant quoi lui répondre. Il ne risquait pas de se couper en faisant de la cuisine, il n'arrivait à rien dans ses plats. Jack baissa doucement la tête alors que son regard se posa sur la pointe de ses chaussures, cachant les bandages du mieux qu'il pouvait en tirant sur sa manche, honteux.

« Je.. Je repensais au passé.. E..et puis il y avait cette lame ! »

Il avait envie de se jeter dans ses bras, en ce moment même, mais le moment était terriblement mal choisit. A nouveau ses iris s'embrumèrent de larmes alors qu'il serrait les dents pour ne pas pleurer, gardant le regard baissé sur le sol. Jack recula lentement contre le mur, jusqu'à ce que son dos touche ce dernier, désemparé. Etait - ce le moment pour qu'il lui parle de Sharon ? Il ne savait pas, mais peut - être était - ce la solution pour que Williams comprenne..

« Quand j'étais petit, j'avais une amie très chère à mon coeur. Nous jouions beaucoup au même endroit, en plein air. Un jour, par ma faute, elle est tombée et s'est fracassée le crâne. Jusqu'à aujourd'hui elle...elle est dans le coma.. Ca fait plus de dix ans.. Ses parents ont perdus espoir, ils ne veulent plus payer les frais, j'essaye de le faire à...leur place.. »

Ces mots, difficiles à sortir de sa bouche, étaient enfin dévoilés à Williams, à lui seul. Un poids semblait s'être ôté de son coeur alors que ce dernier était devenu un véritable tambour, sa voix avait été hésitante, tremblante et chargée en émotion. Il lança alors un regard à son professeur, l'implorant de ne pas lui en vouloir pour ce qu'il avait fait.
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MessageSujet: Re: « Souvenirs d'hiver » [ PV Williams senseï ]   Dim 19 Sep - 18:51

    La fertilité de Williams n’avait rien trouvé de mieux que d’emmener son élève à l’écart des autres et d’occuper ceux-ci pour être certain que l’un dans eux n’ait la brillante idée de les suivre. Rien ne laissait présager qu’il l’interrogerait sur ces mystérieux bandages, même s’il connaissait déjà la réponse à ses questions. Jack avait toujours été un adolescent fragile, du moins, cela se ressentait aux premiers abords. Mais pas seulement, il était aussi torturé par un mal anonyme. Si jusqu’alors cela avait turlupiné la curiosité du professeur, il jugeait que chaque être avait ses maux et qu’il n’avait ni le droit ni la véritable envie de décrypter ce mal qui rongeait son jeune amant. Une réaction sans doute égoïste, cependant avant de prendre soin des autres, il préférait s’occuper de lui-même puisqu’il était le seul capable de le faire. L’une des raisons pour lesquelles il ne s’était, contrairement au jeune homme, jamais aventuré sur sa vie privée durant leurs interminables conversations. Il était le confident mais avait horreur de la repentance, alors, il se contentait de prêter une oreille attentive, et par moment de donner un avis subjectif qui n’était pas toujours le plus raisonnable.

    Jack sembla honteux, n’osant plus le regarder dans les yeux en balbutiant sa réponse. Quelle idée que celle de se taillader ? Non vraiment, il avait beau retourner le sujet sous toutes ses formes, il ne parvenait pas à le saisir. Y avait-il un quelconque plaisir à s’automutiler ? Peut-être était-ce un moyen de se sentir encore en vie, celui de supporter une douleur physique, concrète, contrairement à celle psychologique qui n’était que spéculative. Ses yeux azurs devinrent soudainement aqueux, et il buta de son échine contre le mur, sous l’œillade dubitative de l’aîné. Il l’écouta, patiemment, le visage impartial. Ce heurt si profond, voilà qu’il le lui révélait non sans difficulté, des mots particulièrement durs à entendre, et encore plus à prononcer. Williams prit un instant de réflexion pour optimiser la situation… Une situation choquante, digne des plus grands dramaturges, dont le poids était beaucoup trop pesant pour les épaules d’un si jeune garçon. Il comprenait que celui-ci soit solitaire et misanthrope avec une telle culpabilité. Que dire, que faire ? Il lui aurait bien avoué que sa cause était perdue, et que la meilleure des solutions aurait été de laisser sa jeune amie s’en aller, pour en faire le deuil une bonne fois pour toute. Mais il n’était pas convaincu que Jack soit assez fort pour entendre de telles paroles, bien que l’envie de lui faire admettre la dure vérité était puissante, et nécessaire.

    Passait-il pour un cœur de pierre, lui qui ne sourcillait même pas après une telle annonce ? Peut-être était-il cruel dans le fond, ou encore une fois bien trop égocentrique pour être véritablement sensible pour les problèmes d’autrui. Compatir, il ne le pouvait pas, après tout, cette gamine il ne la connaissait pas, et il n’était pas de l’avis de ceux qui maintenaient en vie les gens dans le coma. Pour lui, il était dans la logique des choses de les laisser partir, on ne connaissait rien de leurs vraies sensations, de leurs souffrances, alors pourquoi leur infliger des tortures supplémentaires ? Il était bien loin des pensées notoires, sa vision du monde était purement personnelle et construite sur une base de folie. Cette confession soulagerait Jack, là était le principal, il n’avait pas besoin que son pédagogue agite le couteau dans la plaie. Il s’avança vers lui, jusqu’à être très proche, les yeux dans les siens, à l’observer silencieusement. Puis, il saisit délicatement l’un de ses poignets et releva son bras pour exhiber les pansements. Flegmatique, une déposa un baiser sur l’avant bras blessé, puis un deuxième en descendant, et un autre. Sans prévenir, il le tira brusquement à lui, le heurtant contre son corps, puis l’enlaça simplement dans la chaleur de ses bras, une main posée à l’arrière de son crâne et l’autre dans son dos. Un peu de tendresse, voilà ce dont il avait besoin, et voilà tout ce qu’il pouvait lui offrir.
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« Souvenirs d'hiver » [ PV Williams senseï ]

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